Le 4 juin 2026, l’Ambassadeur Michel Veuthey a participé à un colloque sur les réseaux de prostitution de mineurs en France, organisé par la Cour d’appel de Paris et le ministère de la Justice.
Colloque : Réseaux de proxénétisme des mineurs
https://www.cours-appel.justice.fr/paris/colloque-sur-les-reseaux-de-proxenetisme-des-mineurs
Table ronde 1 : La lutte contre les réseaux de prostitution
Intervenants :
Eric MATHAIS, procureur de la République de Bobigny ; Valentine ALTMAYER, commissaire divisionnaire, Brigade de protection des mineurs ; Mathilde DELOUX, magistrate à la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG), bureau de la lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme et le blanchiment ; Alice MAZIÈRE, magistrate chargée de mission à la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains ; Vanessa BOUSARDO, avocate, ancienne vice-bâtonnière du barreau de Paris ; Anne-Dominique MERVILLE, avocate générale.
Cette première table ronde était consacrée à la lutte contre les réseaux de prostitution en France, un phénomène dont l’ampleur ne cesse de croître ces dernières années. Entre 2017 et 2024, le nombre d’affaires a augmenté de 168 %, et 171 dossiers ont été traités en 2025 par la seule brigade criminelle de Paris. Plus préoccupante encore est la forte augmentation du nombre de mineurs exploités par ces réseaux, qui représentent environ 44 % des victimes identifiées par les forces de l’ordre. Face à cette réalité particulièrement alarmante, les intervenants ont souligné l’insuffisance critique des moyens judiciaires et policiers, la Brigade de protection des mineurs ne disposant que de sept enquêteurs spécifiquement affectés à cette mission.
Cette situation est aggravée par la numérisation des réseaux et le manque de coopération de certaines plateformes en ligne, qui constituent une menace majeure. Les applications de messagerie chiffrée et les moyens de téléphonie anonymisés compliquent considérablement la collecte des preuves. Par ailleurs, certaines plateformes telles que Booking.com et Airbnb, dont les logements sont parfois utilisés à des fins de prostitution, se sont montrées peu coopératives avec les services d’enquête. Les intervenants ont également mis en évidence les difficultés liées à l’audition des victimes, qu’il s’agisse de leur refus de collaborer ou des traumatismes subis et des substances consommées, notamment le protoxyde d’azote, qui altèrent leur mémoire.
Pour répondre à ces défis, les participants ont souligné l’intérêt de privilégier la qualification pénale de traite des êtres humains, qui offre des avantages procéduraux importants, notamment le recours à des techniques spéciales d’enquête et à d’autres dispositifs juridiques exceptionnels. Le rôle des associations d’accompagnement a également été mis en avant, 66 % des plaintes étant déposées lorsque ces structures interviennent auprès des victimes. Le ministère de la Justice a par ailleurs insisté sur le renforcement de la formation des magistrats en matière de traite des êtres humains. Enfin, la poursuite des clients demeure un angle mort de la politique pénale : moins de 10 % des procédures aboutissent à des poursuites à leur encontre.
Table ronde 2 : La protection des mineurs victimes des réseaux de prostitution
Intervenants :
Delphine JARRAUD, secrétaire générale de l’association L’Amicale du Nid ; Magali FOUGÈRE-RICAUD, magistrate détachée auprès de la Ville de Paris, cheffe du bureau du droit et de l’adoption à la Direction des solidarités ; Virgile BALES, juge des enfants à Créteil ; Alexandra LECOCQ, avocate au barreau de Versailles, spécialiste du droit de l’enfant et ancienne secrétaire de la Conférence ; Anne COQUET, avocate générale.
Cette seconde table ronde était consacrée à la protection et à l’accompagnement des mineurs victimes de réseaux de prostitution. Les intervenants ont tout d’abord dressé un état des lieux préoccupant : 94 % des victimes sont des filles, 99 % des clients sont des hommes, avec environ 50 000 annonces actives chaque jour et près de 430 000 visiteurs quotidiens sur les principales plateformes. Il a également été rappelé que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est de 15 ans, tandis qu’un nombre croissant de très jeunes victimes, âgées de 10 à 12 ans, est désormais signalé, ce qui illustre l’extrême gravité de la situation. Les victimes présentent en outre des profils particulièrement vulnérables : nombre d’entre elles sont placées dans des structures de protection de l’enfance, et 77 % ont subi des violences sexuelles avant leur exploitation.
Afin de mieux lutter contre ce phénomène, les intervenants ont insisté sur la nécessité pour les services de protection de l’enfance de mettre en place une structure spécialisée, chargée d’examiner les situations chaque semaine, d’élaborer des plans d’action partagés et de centraliser les signalements destinés à alimenter les enquêtes pénales. La coordination entre les différentes institutions a également été présentée comme essentielle : une réponse rapide et coordonnée des acteurs éducatifs, judiciaires et sanitaires est indispensable afin de ne pas manquer la fenêtre d’opportunité lorsqu’un mineur sollicite de l’aide.
Enfin, les participants ont regretté l’insuffisance des actions de prévention, notamment en raison d’un manque de formation des professionnels concernés, ainsi que le faible taux de poursuites engagées contre les clients. Cette situation d’impunité largement persistante a été identifiée comme l’un des facteurs structurels qui contribuent au maintien et au développement de l’ensemble du système prostitutionnel.