Le 20 mai, l’ambassadeur Veuthey et ses assistants, Laura Beorchia et Cesare Lombardo, ont assisté à la présentation du rapport de la Commission CHH-Lancet sur la santé, les conflits et les déplacements forcés à l’Université de Genève.
Ce rapport, fruit de deux ans et demi de travail, appelle à une réforme structurelle du système humanitaire et à un nouveau paradigme pour l’action humanitaire en matière de santé, fondé sur une véritable stratégie politique. Il dresse le portrait d’un système en crise : le financement a diminué de moitié depuis 2022, laissant 239 millions de personnes dans le besoin, mais seulement 87 millions d’entre elles pouvant être aidées, un écart qui pourrait être comblé pour 23 milliards de dollars, soit à peine 1 % des dépenses militaires mondiales annuelles. Les attaques contre les établissements de santé se poursuivent dans une impunité quasi totale, les déplacements forcés atteignent des niveaux records et les travailleurs humanitaires sont confrontés à des risques croissants sans bénéficier d’un soutien suffisant. Les doublons et les chevauchements entre les institutions compromettent encore davantage l’efficacité de l’aide,
une situation aggravée par la volonté persistante des donateurs de suivre leur propre agenda et leur incapacité à comprendre qu’un investissement dans un secteur produit des effets sur les autres.
Le rapport formule quatre recommandations interdépendantes en faveur d’une transformation systémique.
1. La première consiste à inverser les rapports de force, afin que la gouvernance, le financement et la prise de décision soient transférés aux communautés touchées et aux acteurs légitimes au niveau local. Les acteurs internationaux concentrent actuellement plus de 90 % du financement humanitaire mondial, alors que les organisations locales jouissent souvent d’une plus grande confiance, sont mieux adaptées à la culture locale et se révèlent plus efficaces. Les personnes touchées par les crises doivent devenir des décideurs, et non des bénéficiaires passifs, et le leadership international externe devrait être exceptionnel, limité dans le temps et soumis à des conditions. Cela est indissociable du défi plus large de la localisation et de la décolonisation, car le système humanitaire a des racines coloniales profondes et une véritable localisation implique de transférer non seulement des ressources, mais aussi un réel pouvoir de décision.
2. La deuxième priorité consiste à mettre fin à l’impunité, en veillant à ce que la responsabilité envers les populations touchées soit garantie par la loi, l’éthique et les principes humanitaires, et à ce que les attaques contre les civils, les établissements de santé et les travailleurs humanitaires entraînent des conséquences réelles.
3. La troisième priorité consiste à réformer le financement humanitaire, en veillant à ce qu’il soit fondé sur les besoins, équitable, flexible et exempt de toute ingérence politique. Cela nécessite des mécanismes de financement communs indépendants qui dissocient l’aide des intérêts géopolitiques des donateurs, parallèlement à un financement direct et à long terme acheminé vers les acteurs locaux.
4. Le quatrième principe consiste à considérer la santé comme un droit non négociable, afin que les soins soient équitables, sûrs, résilients face au changement climatique et ancrés localement, la continuité des soins et l’intégration dans les systèmes de santé nationaux constituant la norme, et la protection des professionnels de santé et des établissements de santé une priorité absolue en vertu du droit international.
Enfin, le rapport réaffirme l’humanité et l’impartialité comme des principes absolus et non négociables, tout en considérant la neutralité et l’indépendance comme des outils contextuels, utiles dans certains contextes mais non requis de manière universelle. Trois autres principes: ne pas nuire, la solidarité et la responsabilité , sont élevés au rang d’obligations fondamentales. Il est essentiel de noter que la neutralité ne doit jamais être invoquée pour marginaliser les acteurs locaux ou pour justifier l’inaction.