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SDSA — Swiss Diplomac Student Association (28 avril 2021) / La traite des êtres humains : forme contemporaine d’esclavage

SDSA — Swiss Diplomac Student Association (28 avril 2021) / La traite des êtres humains : forme contemporaine d’esclavage
25/05/2021

TRAITE 28.4.21 MV

TRAITE MV FR

Mercredi 28 avril 2021, 18 h. 30                                                                                           Conférence de Michel Veuthey

Dignité humaine : promouvoir la dignité humaine par la diplomatie humanitaire

Comme vous le savez tous, et le pratiquez quotidiennement, Genève – et la Suisse en général – est une plateforme privilégiée pour dialoguer sur la dignité humaine à plusieurs niveaux :

  • humanitaire avec les sièges du CICR, de la Fédération, du HCR, de MSF International
  • juridique avec le siège du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme
    et aussi de l’Organisation internationale du Travail (OIT/ILO)
  • commerciale et financière, avec l’OMC, le Forum économique mondial (WEF)
  • climatique, avec l’OMM (WMO)
  • de la santé, avec l’OMS (WHO)
  • des télécommunications, avec l’UIT (ITU)
  • de la recherche scientifique avec le CERN
  • de la recherche et de l’enseignement universitaires
  • d’ONG des Droits de l’Homme : CIJ, Trial, Civitas Maxima, ICMC
  • de l’Union Interparlementaire (UIP)
  • du dialogue inter-religieux.

Ai commencé par utiliser cette plateforme avec le CICR, d’abord pour participer à la négociation des deux Protocoles additionnels aux Conventions de Genève sur la protection des victimes de la guerre, puis pour approcher représentants de Gouvernements, de parties en conflit, d’organisations internationales et d’ONG pour faciliter l’action opérationnelle du CICR sur le terrain.

Il y a quatre ans, j’ai accepté une mission de l’Ordre de Malte comme Ambassadeur pour suivre et combattre la traite de personnes.

La traite de personnes est la négation de pratiquement tous les droits liés à la dignité de la personne humaine : vie, liberté, liberté de mouvement, santé, droit de ne pas être soumis à la torture ou à des traitements cruels, inhumains ou dégradants, travail décent, liberté religieuse. C’est la réduction d’enfants, de femmes et d’hommes à l’état d’objets à exploiter, à vendre et à acheter, dans ce que le Pape François a dénoncé dans l’Encyclique Laudato Si’ comme une « culture du déchet« … Les chiffres invoqués par l’ONU et par des Gouvernements sont de quelque 40 millions d’esclaves dans le monde, malheureusement inférieurs à la réalité et présents dans tous les pays. Dans ce chiffre, on compte 1,3 million d’esclaves en Europe, dont 15.000 en Suisse. Une Association catholique « Meter » , qui fait une veille sur le « Dark Web », a compté plus de 21 millions d’enfants différents victimes de pédophilie en Europe seulement !

Comment lutter contre cette forme d’esclavage contemporain, qualifiée par le Pape François et par d’éminents juristes internationaux de « crime contre l’humanité » ?

Nous le faisons par trois approches : sensibilisation, partage des meilleures pratiques, promotion de l’action

1. Sensibilisation à l’ampleur et à la gravité de ce fléau dans toutes ses formes : esclavage sexuel, travail forcé, pornographie en ligne, pédophilie, vente d’enfants, ventes ou prélèvements forcés d’organes, criminalité forcée (de la mendicité, au cambriolage voire au terrorisme). Cette sensibilisation se fait par des interventions au Conseil des Droits de l’Homme à Genève, à l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, à Vienne dans les conférences de l’ONUDC et de l’OSCE, et aussi, dernièrement, le 8 mars de cette année, par une intervention devant la Conférence des évêques catholiques d’Autriche.

  1. Rassemblement et diffusion des meilleures pratiques sur un site www.christusliberat.org, de Gouvernements, d’organisations internationales, de congrégations religieuses. Nous le faisons en participant à ces réunions internationales citées plus haut, en organisant des conférences comme celle de Paris en octobre 2019 sur la traite de femmes entre le Nigéria et la France. Cette Conférence, co-organisée par l’Ordre de Malte France et hébergée par l’IFRI, a permis de rassembler, dans des réunions publiques et dans des rencontres privées informelles, des représentants français et nigérians de différents Ministères, des capitales et de provinces du Nigéria d’où viennent de nombreuses victimes. Ces contacts ont permis d’établir des réseaux de collaboration extrêmement difficiles à nouer par les canaux diplomatiques ou administratifs habituels.Ai aussi grandement bénéficié de participer à des réunions à Rome à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales, qui à la demande du Pape François, mis la traite des êtres humains en priorité, au Dicastère Migrants et Réfugiés, créé à cette intention par le Pape et qui a publié en 2019 un document fondamental, les Orientations pastorales sur la traite des personnes, et à l’Université Pontificale du Latran. Ces contacts établis avant la pandémie se poursuivent maintenant dans des wébinaires que j’organise depuis octobre. Ces dix wébinaires, en anglais, sont librement accessibles sur le site www.adlaudatosi.org. Ces wébinaires réunissent des participants de plus de 80 pays et sont très appréciés des intervenants et des participants pour échanger idées et bonnes pratiques. Les prochains wébinaires ont lieu mardi 4 mai de 18 à 19 h. 30 sur le sujet « Technologie et traite de personnes » (en anglais), ainsi que deux wébinaires en français, un sur traite des êtres humains et droit le mardi 11 mai à 18 h., l’autre le mardi 18 mai sur les aspects opérationnels de l’aide aux victimes de la traite de personnes.
  2. Le dernier volet est de promouvoir l’action par la formation : à l’Université de Nice, à l’Université de Webster à Genève, – et à distance avec un cours gratuit en anglais pour les aidants sur le site du Collège Universitaire Henry-Dunant.

Et, enfin, il ne faut pas laisser de côté la dimension spirituelle de ce combat et l’importance de la prière : deux fois par an, nous faisons célébrer une Sainte Messe à Genève par le Nonce Apostolique et le Vicaire épiscopal pour les victimes de la traite de personnes : le 8 février, Fête de Sainte Bakhita (1869-1947), une esclave soudanaise devenue religieuse catholique et maintenant Patronne des victimes de la traite, et le 2 décembre, anniversaire de la signature à Rome en 2014 de la Déclaration conjointe des religions contre l’esclavage moderne par des responsables religieux catholiques, anglicans, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs et hindous. Comme le disait alors le Pape François lors de la cérémonie de signature :

« Nous appelons à agir toutes les personnes de foi, les responsables, les gouvernements, les entreprises, tous les hommes et les femmes de bonne volonté, afin qu’ils apportent leur profond soutien et qu’ils rejoignent le mouvement contre l’esclavage moderne, sous toutes ses formes. Soutenus par les idéaux de notre confession de foi et par nos valeurs humaines communes, nous pouvons et devons tous élever l’étendard des valeurs spirituelles, des efforts communs, de la vision libératrice afin d’éradiquer l’esclavage de notre planète ».

Cette promotion de la dignité humaine se base sur le droit international positif, la Charte des Nations Unies, les Droits de l’Homme, le droit international humanitaire, le droit du travail, le droit des réfugiés, les droits des migrants, les droits des enfants, les droits des femmes. Tous ces instruments juridiques invoquent pour fondement la défense de la dignité humaine.

Cette promotion se fait dans le cadre de la diplomatie humanitaire internationale. L’Ordre de Malte a un statut d’observateur à l’ONU qui lui permet de participer activement à la plupart des réunions internationales.

A souligner l’importance du facteur personnel (« The Human Factor »), qui permet de recueillir et de faire passer des messages par la confiance établie entre individus, et., à travers eux, entre institutions et délégations.

La pandémie a pratiquement bloqué toutes les réunions en présentiel, mis un terme aux nombreux événements parallèles informels (« side-events »). Tout se fait aujourd’hui en ligne et il faut en saisir les avantages : on peut ainsi faire intervenir des acteurs, des experts, des témoins du monde entier, sans les frais de voyage et de séjour ni les complexités administratives devenue presque prohibitives pour faire accéder des personnes de l’extérieur au Palais des Nations. Cette promotion virtuelle de la dignité humaine ne pourra certes jamais remplacer le caractère unique des contacts, surtout informels, des réunions en chair et en os à Genève et ailleurs. Mais, comme cette réunion d’aujourd’hui le montre, la réalité virtuelle nous permet d’échanger, en espérant se rencontrer face à face dans un avenir proche.

Serais heureux de répondre à vos questions. En attendant, je vous renvoie à quatre sites :
www.cuhd.org
www.adlaudatosi.org
www.christusliberat.org
www.nohumantrafficking.orderofmalta.int               Genève, le 28 avril 2021             MV DG