{"id":410,"date":"2021-09-28T14:26:21","date_gmt":"2021-09-28T13:26:21","guid":{"rendered":"https:\/\/nohumantrafficking.smom.rc.77test.co.uk\/news\/podcast-du-28-septembre-2021-joana-herrmann-psychologue-a-la-fondation-du-coeur-des-grottes-a-geneve-et-michel-veuthey-ambassadeur-de-lordre-de-malte-charge-de-combattre-la-traite-des-perso\/"},"modified":"2022-06-29T11:20:58","modified_gmt":"2022-06-29T10:20:58","slug":"podcast-du-28-septembre-2021-joana-herrmann-psychologue-a-la-fondation-du-coeur-des-grottes-a-geneve-et-michel-veuthey-ambassadeur-de-lordre-de-malte-charge-de-combattre-la-traite-des-perso","status":"publish","type":"news","link":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/fr\/actualites\/podcast-du-28-septembre-2021-joana-herrmann-psychologue-a-la-fondation-du-coeur-des-grottes-a-geneve-et-michel-veuthey-ambassadeur-de-lordre-de-malte-charge-de-combattre-la-traite-des-perso\/","title":{"rendered":"Podcast du 28 septembre 2021 Joana Herrmann, Psychologue \u00e0 la Fondation du C\u0153ur des Grottes \u00e0 Gen\u00e8ve et Michel Veuthey, Ambassadeur de l\u2019Ordre de Malte charg\u00e9 de combattre la traite des personnes \u2014 La traite des \u00eatres humains et l\u2019activit\u00e9 de la Fondation du C\u0153ur des Grottes \u00e0 Gen\u00e8ve dans le cadre du soin psychologique des personnes accueillies en \u00e9tat de traumatisme"},"featured_media":292,"menu_order":0,"template":"","class_list":["post-410","news","type-news","status-publish","hentry"],"acf":{"focus_on":"no","breaking":"no","news_cover":{"id":292,"url":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2022\/06\/PodcastJoana-Herrmann-Michel-Veuthey-24-2sept21-scaled.jpeg"},"news_content":"<p style=\"text-align: center\"><strong>Podcast du 28 septembre 2021<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>Joana Herrmann, Psychologue \u00e0 la Fondation du <\/strong><strong>C\u0153ur<\/strong><strong> des Grottes \u00e0 Gen\u00e8ve et Michel Veuthey, Ambassadeur de l\u2019Ordre de Malte charg\u00e9 de combattre la traite des personnes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>La traite des \u00eatres humains et l\u2019activit\u00e9 de la Fondation du C\u0153ur des Grottes \u00e0 Gen\u00e8ve <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><strong>dans le cadre du soin psychologique des personnes accueillies en \u00e9tat de traumatisme<\/strong><\/p>\n<!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('audio');<\/script><![endif]-->\n<audio class=\"wp-audio-shortcode\" id=\"audio-410-1\" preload=\"none\" style=\"width: 100%;\" controls=\"controls\"><source type=\"audio\/mpeg\" src=\"http:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/09\/Podcast-Joana-Herrmann-Michel-Veuthey-Coeur-des-Grottes-28-sept-2021.mp3?_=1\" \/><a href=\"http:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/09\/Podcast-Joana-Herrmann-Michel-Veuthey-Coeur-des-Grottes-28-sept-2021.mp3\">http:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/wp-content\/uploads\/sites\/18\/2021\/09\/Podcast-Joana-Herrmann-Michel-Veuthey-Coeur-des-Grottes-28-sept-2021.mp3<\/a><\/audio>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Poadcast 28 septembre 2021 Joana Herrmann, Psychologue \u00e0 la Fondation du C\u0153ur des Grottes \u00e0 Gen\u00e8ve\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/pa5UFX-hEbQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Bonjour Madame,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Bonjour Monsieur Veuthey,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Je suis heureux de vous accueillir aujourd\u2019hui pour ce podcast \u00e0 l\u2019occasion de la Semaine d\u2019action contre la traite. Nous parlerons des personnes h\u00e9berg\u00e9es par le C\u0153ur des Grottes \u00e0 Gen\u00e8ve. Et Madame Joana Herrmann, vous \u00eates psychologue au C\u0153ur des Grottes et merci d\u2019avance de votre t\u00e9moignage d\u2019aujourd\u2019hui. Permettez moi de vous poser cette premi\u00e8re question pourquoi le C\u0153ur des Grottes veut-il faire davantage conna\u00eetre son accompagnement des victimes\u2009? Parler du v\u00e9cu de ces femmes victimes de la traite sexuelle ou aujourd\u2019hui, plus sp\u00e9cialement, de l\u2019exploitation des forces de travail\u2009?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Merci. Aujourd\u2019hui, on estime \u00e0 pr\u00e8s de 22 millions de personnes les victimes de traite, ce qui repr\u00e9sente environ trois fois la population suisse. Bien que le nombre de recherches soit croissant, les donn\u00e9es sont encore largement lacunaires sur ce sujet et a fortiori concernant le v\u00e9cu des victimes de traite par l\u2019exploitation de la force du travail au sein du C\u0153ur des Grottes. Nous accueillons et accompagnons les victimes de traite aux fins d\u2019exploitation sexuelle, mais \u00e9galement d\u2019exploitation par la force du travail.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019occasion de cette Semaine d\u2019action contre la traite, nous parlerons sp\u00e9cifiquement des femmes victimes de traite par l\u2019exploitation de la force du travail que nous rencontrons. Bien \u00e9videmment, nous ne parlerons pas d\u2019une femme en particulier et cette pr\u00e9sentation ne se veut pas exhaustive. Nous avons simplement souhait\u00e9 rassembler certains aspects des parcours et des souffrances dont elles t\u00e9moignent afin de les partager et ainsi participer \u00e0 en promouvoir une meilleure reconnaissance. Je veux, je vous propose ainsi de nous arr\u00eater quelques minutes pour prendre la mesure de ce que cela repr\u00e9sente 22 millions de personnes qui vivent sous le sceau de l\u2019exploitation, la manipulation de la privation de libert\u00e9, des violences sous toutes ses formes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Autant de personnes vivant dans la peur, subissant des menaces contraintes \u00e0 ex\u00e9cuter sans rel\u00e2che des t\u00e2ches impos\u00e9es, rabaiss\u00e9es et bien souvent humili\u00e9es. Des personnes qui se trouvent isol\u00e9es, loin de leurs familles et de leurs ressources, dans un pays dont elles ne connaissent rien dans la langue et les codes leur sont inconnus, livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames au sein d\u2019un contexte inintelligible et violent. Ces histoires de vie peuvent nous sembler si loin de notre repr\u00e9sentation et la violence dont ces personnes t\u00e9moignent peuvent susciter en chacun un effroi tel qu\u2019il est humain de tenter, consciemment ou non, de les renvoyer hors du champ de notre conscience.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Mais pour autant, si cela nous pr\u00e9serve \u00e0 titre individuel d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 insupportable, ces 22 millions de personnes continuent d\u2019exister, continuent \u00e0 subir tous les jours des traitements inhumains, \u00e0 se voir priv\u00e9s de leur dignit\u00e9 et de chacun de leurs droits fondamentaux. Ainsi, si le sujet de la traite est reconnu comme important, il reste encore beaucoup \u00e0 faire pour pr\u00e9venir, d\u2019une part, mais \u00e9galement pour aider les victimes \u00e0 se reconstruire. Pour la Fondation du C\u0153ur des Grottes, cela passe par un d\u00e9veloppement constant des pratiques au plus pr\u00e8s, des connaissances actualis\u00e9es et des sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque femme, mais \u00e9galement par la n\u00e9cessit\u00e9 de parler de ces personnes afin de les ramener dans le champ de conscience du plus grand nombre et ainsi participer \u00e0 une meilleure compr\u00e9hension de leur v\u00e9cu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lorsque les femmes que nous accueillons nous confient leur v\u00e9cu, tout commence par un contexte initial pr\u00e9carit\u00e9, isolement social et familial, absence de perspectives ou encore v\u00e9cu psycho traumatique. Autant de situations qui engendrent une souffrance et un d\u00e9sir de changement. Puis, un jour vient une rencontre, un discours, des promesses, une r\u00e9assurance, un espoir, celui d\u2019une vie meilleure, d\u2019un nouveau d\u00e9part, l\u2019ouverture de perspectives jusqu\u2019alors impensables. Les femmes nous racontent comme elles se sont m\u00e9fi\u00e9es et comment les auteurs de traite ont su argumenter pour les rassurer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parfois, il s\u2019agit d\u2019une personne connue de la famille. Personne de confiance, donc, et l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure prend le dessus. Elle accepte l\u2019Europe. Elle recherche toutes mieux que ce qu\u2019elle vivait, une meilleure vie pour leurs enfants qui viennent avec elle ou la rejoignent une fois leur situation stabilis\u00e9e. Pour les plus jeunes, des \u00e9tudes dans de grandes \u00e9coles, la fiert\u00e9 de la famille ou le souhait d\u2019aider leurs proches. L\u2019espoir triomphe. Puis elle nous relate le d\u00e9part, le voyage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 ce stade, les femmes sont encore prises dans l\u2019appr\u00e9hension de cette nouvelle vie inconnue. Ce n\u2019est que bien plus tard, voire parfois une fois sorties de la situation de traite, qu\u2019elles prennent pleinement conscience des violences subies \u00e0 leur arriv\u00e9e. Elles esp\u00e8rent encore. Elles travaillent dur et s\u2019accrochent \u00e0 leur travail comme ils s\u2019accrochent \u00e0 leur projet de vie. Elles tiennent bon, mais les transgressions s\u2019accumulent. Elles voient non seulement que la situation ne s\u2019am\u00e9liore pas, mais que leur libert\u00e9 leur est confisqu\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mergence de la violence, bien qu\u2019elle ne l\u2019identifie que rarement comme telle \u00e0 ce stade. Sorties contr\u00f4l\u00e9es, amplitude horaire au del\u00e0 de ce qu\u2019elle avait imagin\u00e9, salaire d\u00e9risoire ou absence de salaire en plus des conditions d\u2019h\u00e9bergement souvent sinistre, d\u00e9valorisation perp\u00e9tuelle par un employeur impossible \u00e0 satisfaire. Humiliations quotidiennes des t\u00e9moignages de violences physiques et sexuelles nous parviennent aussi fr\u00e9quemment chaque jour. Ces femmes se voient rel\u00e9gu\u00e9es au rang d\u2019objet dont le dessein est de satisfaire les d\u00e9sirs d\u2019un tiers. Leurs besoins, leurs d\u00e9sirs propres et leur personnalit\u00e9 leur sont interdits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elles n\u2019ont plus le droit d\u2019exister en tant qu\u2019individus qu\u2019\u00eatre humains, et elles int\u00e8grent peu \u00e0 peu. Elles se r\u00e9voltent souvent, mais leur impuissance face \u00e0 leur situation les contraint \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 ce syst\u00e8me. Elle termine souvent le r\u00e9cit en exprimant cette impuissance, l\u2019impossibilit\u00e9 pour elle de sortir de ce contexte. Elle exprime le stress, l\u2019appr\u00e9hension et la peur qui les poussent \u00e0 s\u2019adapter, \u00e0 mettre en place des m\u00e9canismes psychiques de survie afin de supporter la situation dans l\u2019attente d\u2019une issue.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Mais alors, quels sont les sympt\u00f4mes\u2009? D\u00e9crivez-nous ces sympt\u00f4mes que malheureusement ressentent ces femmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Eh oui, alors. D\u2019une part, elle se coupe d\u2019elle m\u00eame, m\u00e9canisme hautement utile pour supporter l\u2019insupportable. Pour faire face \u00e0 l\u2019impensable d\u00e9connecter d\u2019une partie d\u2019elle m\u00eame. Comme leurs \u00e9motions, leur conscience ou leur m\u00e9moire, elles se mettent en \u00e9tat d\u2019hyper vigilance qui vive, perp\u00e9tuel pour s\u2019adapter et tenter d\u2019anticiper, au mieux pour se prot\u00e9ger. Et lorsque les femmes sont accompagn\u00e9es de leurs enfants, ceux ci se trouvent victimes directes ou t\u00e9moins impuissants d\u2019une maltraitance quotidienne subie par la m\u00e8re.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019enfant est donc victime \u00e0 part enti\u00e8re de l\u2019exploitation et tout comme sa m\u00e8re, lui aussi met en place des m\u00e9canismes psychiques de survie pour contrer la peur et supporter les violences. Enfin, quand elles sortent de la situation, tr\u00e8s souvent gr\u00e2ce \u00e0 une personne qui les informe de leurs droits ou de la police inform\u00e9e par un tiers, le r\u00e9seau de professionnels est alors infertile et le processus de mise \u00e0 l\u2019abri s\u2019enclenche donc lorsque les femmes arrivent au foyer. Elles expriment une grande souffrance psychique et physique, en plus de probl\u00e8mes de sant\u00e9 parfois tr\u00e8s invalidant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elles souffrent donc, comme vous l\u2019avez dit, de sympt\u00f4mes psycho traumatiques s\u00e9v\u00e8res qu\u2019elles ne comprennent souvent pas et qui leur font vivre encore une fois une impuissance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Est-ce que vous pourriez nous d\u00e9crire ces sympt\u00f4mes post-traumatiques que vivent malheureusement ces femmes, s\u2019il vous pla\u00eet\u2009?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Oui, tout \u00e0 fait. Alors, les sympt\u00f4mes du trouble de stress post-traumatique sont au nombre de quatre. Tout d\u2019abord, on parle des reviviscences, qu\u2019on appelle aussi les flashs blacks. Il s\u2019agit en fait des souvenirs qui sont envahissants et qui reviennent perp\u00e9tuellement \u00e0 la conscience de la personne. Ce sont des souvenirs qui sont envahissants, comme je l\u2019ai dit, qui peuvent revenir sous forme de cauchemars, mais aussi durant la journ\u00e9e, et qui causent une grande d\u00e9tresse chez les personnes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Donc \u00e7a, c\u2019est le premier sympt\u00f4me, le second. On parle des \u00e9vitements, forc\u00e9ment. Si une personne a subi des violences, si elle a d\u00fb mettre en place des m\u00e9canismes de survie pour s\u2019en sortir, elle la m\u00e9moriser, ce v\u00e9cu-l\u00e0, et elle va tout faire pour ne pas le revivre. Donc, elle va mettre en place des \u00e9vitements qui peuvent \u00eatre comportementaux, par exemple les \u00e9vitements d\u2019un lieu, d\u2019une personne ou d\u2019un aspect de leur v\u00e9cu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour nous, ext\u00e9rieur ne comprendront pas forc\u00e9ment, mais il peut aussi s\u2019agir d\u2019\u00e9vitement psychique parce que, comme je l\u2019ai dit pr\u00e9c\u00e9demment, les reviviscences causent une grande d\u00e9tresse et sont envahissantes pour la personne, donc. Vont par le biais de m\u00e9dicaments ou, par exemple, de pratiques sportives extr\u00eames, tenter de les juguler. \u00c7a peut \u00eatre aussi des addictions, par exemple. C\u2019est le second sympt\u00f4me. Ensuite vient le troisi\u00e8me qui est l\u2019hyper activation neuro-v\u00e9g\u00e9tative. L\u00e0, il s\u2019agit d\u2019une m\u00e9moire plus corporelle qui va faire que la personne, avec le souvenir de certains aspects du trauma.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle va \u00eatre dans un cas qui vivent dans une hyper vigilance et par exemple, si une porte claque. Si pour nous, cela peut sembler anodin peut \u00eatre que pour la personne, \u00e7a lui rappellera un aspect des violences qu\u2019elle a subies et elle aura une r\u00e9action compl\u00e8tement disproportionn\u00e9e avec notre regard, mais qui fera sens si on comprend son v\u00e9cu. Le dernier sympt\u00f4me correspond aux alt\u00e9rations des cognitions et de l\u2019humeur qui sont associ\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Forc\u00e9ment, si une personne a subi un trauma, a fortiori si le trauma a \u00e9t\u00e9 caus\u00e9 par une personne de fa\u00e7on intentionnelle, la victime perdra confiance en l\u2019\u00eatre humain, perdra confiance en le monde dans lequel elle vit et \u00e7a engendrera une grande d\u00e9fiance dans les liens, dans les personnes au niveau de l\u2019humeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Souvent, les personnes vont d\u00e9laisser certaines activit\u00e9s qu\u2019elles faisaient auparavant, vont se d\u00e9sint\u00e9resser, vont \u00eatre irritables. Il y a tout un champ d\u2019impact direct sur la personne. Donc \u00e7a, ce sont les quatre sympt\u00f4mes directs du trouble de stress post-traumatique que l\u2019on rencontre chez les personnes victimes de traite des \u00eatres humains.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Merci. C\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant. Et alors, comment prenez-vous en charge justement, au C\u0153ur des Grottes, ces personnes victimes, s\u2019il vous pla\u00eet\u2009?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Oui. Alors quand elles arrivent au C\u0153ur des Grottes, elles sont souvent dans une grande ins\u00e9curit\u00e9 puisque puisqu\u2019elles ont subi des violences puisqu\u2019elles ont perdu confiance en l\u2019\u00eatre humain. Donc, notre premier travail, le premier objectif du C\u0153ur des Grottes et de les s\u00e9curiser, les s\u00e9curiser sur un plan direct. Parce que si elles ont \u00e9t\u00e9, si elles ont subi la traite de la perte de personnes de la part de personnes qui sont par exemple sur Gen\u00e8ve, nous, on doit \u00eatre vigilantes quand on doit \u00eatre attentif \u00e0 ce qu\u2019elles puissent se sentir en s\u00e9curit\u00e9 au sein du foyer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Donc \u00e7a, c\u2019est le premier aspect, s\u00e9curit\u00e9 directe, mais aussi s\u00e9curit\u00e9 mat\u00e9rielle, parce que souvent, ce sont des personnes qui arrivent et qui ont v\u00e9cu une pr\u00e9carit\u00e9, une grande pr\u00e9carit\u00e9. Donc, le foyer leur apporte le n\u00e9cessaire pour vivre dignement. Et enfin, il y a la s\u00e9curisation relationnelle o\u00f9 l\u00e0, il y a tout un travail \u00e0 faire pour leur permettre de r\u00e9apprendre \u00e0 avoir confiance en les personnes qui les entourent. Et \u00e7a, c\u2019est le socle de base pour pouvoir apr\u00e8s acc\u00e9der \u00e0 la deuxi\u00e8me \u00e9tape qui est celle de la stabilisation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Parce que quand elles arrivent, elles sont encore dans une situation de survie. Et une fois qu\u2019elles sont s\u00e9curis\u00e9es, l\u00e0, on passe \u00e0 un travail. On va dire un peu plus profond o\u00f9 on va pouvoir g\u00e9rer. Apprendre. Leur apprendre \u00e0 g\u00e9rer leurs \u00e9motions, \u00e0 g\u00e9rer quand elles font des crises d\u2019angoisse li\u00e9es aux sympt\u00f4mes qu\u2019on a d\u00e9crits juste avant. Et tout \u00e7a, \u00e7a va faire partie de l\u2019\u00e9tape de stabilisation qui va \u00eatre une \u00e9tape longue et dont on ne peut pas pr\u00e9voir le temps de durer.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Enfin, la derni\u00e8re \u00e9tape est celle du d\u00e9veloppement du pouvoir d\u2019agir. Ou l\u00e0, on va travailler avec les personnes \u00e0 les aider \u00e0 reprendre en main leur vie, \u00e0 refaire des projets, \u00e0 se projeter dans l\u2019avenir. Parce que pour certaines, c\u2019est m\u00eame tr\u00e8s difficile de se projeter et \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience de r\u00e9ussite pour pouvoir les aider \u00e0 rentrer dans un cercle vertueux pour aller vers l\u2019autonomie et l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Oui, c\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant, mais je crois qu\u2019un autre facteur que vous soulignez est le facteur temps. Oui, parce que souvent, on sous-estime, parce qu\u2019on pense qu\u2019effectivement, il suffit de laisser une semaine ou deux \u00e0 une personne. Et puis tout ira bien&#8230; Cette personne doit se sentir en s\u00e9curit\u00e9 et alors\u2009? Je crois que vous pouvez \u00e9voquer des dur\u00e9es qui sont m\u00eame parfois en et en ann\u00e9es et en ann\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Oui, tout \u00e0 fait. On dit souvent que pour une personne qui vit un trauma, c\u2019est \u00e0 dire une personne qui a pu se construire normalement donne dans de bonnes conditions et qui vivra un \u00e9v\u00e9nement traumatique. Il faut un travail psychologique de 1 \u00e0 2 ans. En tout cas, \u00e7a se compte en ann\u00e9es. Donc, m\u00eame si \u00e7a d\u00e9pend et c\u2019est tr\u00e8s variable, \u00e9videmment, on ne peut pas faire de g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s. On sait que pour des traumas aussi s\u00e9v\u00e8res que ceux que subissent les victimes de traite des \u00eatres humains, le travail d\u2019accompagnement ne se comptera \u00e9videmment pas en mois, mais en ann\u00e9es. Et l\u00e0, le C\u0153ur des Grottes intervient pour le coup sur une dur\u00e9e en moyenne de 10 mois. Et donc, le C\u0153ur des Grottes apporte \u00e0 ces personnes tentent d\u2019apporter \u00e0 ces personnes-l\u00e0 une partie du soutien dont elles ont besoin. Mais c\u2019est l\u00e0 aussi o\u00f9, pour le C\u0153ur des Grottes, c\u2019est tr\u00e8s important de travailler en r\u00e9seau puisque les personnes vont \u00eatre accompagn\u00e9es par des m\u00e9decins sp\u00e9cialis\u00e9s, par des psychologues, par tout le r\u00e9seau genevois qui entoure le C\u0153ur des Grottes et avec lequel on travaille au quotidien.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Merci, \u00e9coutez, c\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant et aussi on voudrait rendre hommage \u00e0 toutes ces personnes tout \u00e0 l\u2019heure. Vous citiez le docteur Escard, des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve, mais il y en a bien d\u2019autres aussi. Il y a aussi toute une s\u00e9rie de personnes qui, je crois, pourraient intervenir davantage. Et il y a des personnes aussi qui ne peuvent pas donner beaucoup de publicit\u00e9 \u00e0 leur activit\u00e9, que ce soit la police, que ce soit des magistrats, que ce soit d\u2019autres personnes ou m\u00eame parfois du personnel religieux qui peuvent accueillir ces personnes et essayer de les r\u00e9ins\u00e9rer, de leur redonner une dignit\u00e9, de leur redonner le go\u00fbt de la vie et le sens de l\u2019action.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Exactement. Et on n\u2019est jamais de trop pour aider ces personnes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Bien, je vous remercie beaucoup. Je voudrais vous rendre hommage \u00e0 vous, madame Joana Herrmann. Rendre hommage aussi \u00e0 ce C\u0153ur des Grottes qui est cach\u00e9 derri\u00e8re la gare Cornavin de Gen\u00e8ve, mais qui remplit un r\u00f4le tr\u00e8s important, vous. On peut aussi dire que vous avez 40 femmes et 30 enfants. Vous voyez 70 personnes. C\u2019est septante personnes que vous aidez, que vous aidez dans la dur\u00e9e et que vous aidez aussi avec d\u2019autres, \u00e0 obtenir non seulement une identit\u00e9 personnelle, mais aussi identit\u00e9 juridique. \u00catre int\u00e9gr\u00e9e aussi dans la communaut\u00e9 genevoise, d\u2019\u00eatre d\u2019avoir un statut en Suisse. Et je pense que tout \u00e7a, c\u2019est tr\u00e8s important. Et dans cette semaine, pour \u00e9voquer la lutte contre la traite des \u00eatres humains \u00e0 l\u2019occasion du 18 octobre, qui est la Journ\u00e9e europ\u00e9enne contre la traite des \u00eatres humains, je pense que votre t\u00e9moignage \u00e9tait tr\u00e8s important et nous allons le diffuser. Et encore une fois, merci. Et encore une fois, tous nos v\u0153ux de succ\u00e8s \u00e0 vous et \u00e0 tous vos coll\u00e8gues et \u00e9videmment, aussi tous nos meilleurs messages \u00e0 toutes ces personnes que vous accompagner.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>JOANA HERRMANN\u2009: Merci beaucoup, Monsieur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>MICHEL VEUTHEY\u2009: Merci \u00e0 vous.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","news_gallery":"no","evidence":"no"},"news_categories":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/notizie\/410","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/notizie"}],"about":[{"href":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/news"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/notizie\/410\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/292"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nohumantrafficking.orderofmalta.int\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=410"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}